Depuis notre arrivée en Suisse, il y a plus d’un an, nous entendons parler du canton des Grisons. Une région de la Suisse légendaire pour son isolement au milieu des montagnes et pour ses incroyables paysages changeant au gré d’une météo instable

C’est aussi une région emblématique pour son architecture traditionnelle et contemporaine qui abrite notamment la majeure partie des réalisations de Peter Zumthor, originaire de la région et mondialement connu. Il n’en fallait pas plus pour attiser notre curiosité.  

Impatients d’explorer cette région, on part à la découverte de son architecture pendant 4 jours en Road Trip à bord de Azkarena. (Si tu ne connais pas encore Azkarena notre Defender 300 Tdi on te le présente dans une vidéo ici 

 

On rejoint les Grisons par la route 19 en traversant le Col de l’Oberalp. Ce dernier culmine à 2044 mètres, pas étonnant d’y trouver de la neige en plein mois de mai. Le paysage est magnifique, les nuages semblent emprisonnés par les hautes montagnes enneigées. Alors que nous avions prévu de bivouaquer dans notre tente de toit, une légère inquiétude s’installe à la vue de toute cette neige ! Heureusement, après ce col, la route redescend dans une vallée où l’on retrouve un climat sec, doux et un ciel presque dégagé, ouf !  

Situé dans les Alpes Suisses, le canton des Grisons est le plus étendu du pays alors que seulement 2,5 % de la population y vit. Bordé par le Lichtenstein, l’Autriche et l’Italie, on y parle principalement suisse-allemand mais aussi italien et romanche (le dialecte local reconnue comme l’une des quatre langues nationales). 

C’est certainement dû à son isolement que le canton des Grisons a pu préserver son authenticité.

 

Le paysage est magnifique, les nuages semblent emprisonnés par les hautes montagnes enneigées.

 

La Caplutta Sogn Benedetg

Notre premier arrêt se fait dans le hameau de Sogn Benedetg. Ce n’est pas par hasard qu’on décide de s’arrêter dans ce village mais bien pour y faire notre première visite architecturale. On y découvre la Caplutta Sogn Benedetg. Inaugurée en 1988, c’est l’une des toutes premières réalisations de l’architecte suisse Peter Zumthor. 

De l’entrée du hameau l’œuvre n’est pas perceptible, il nous faut monter un étroit petit sentier d’un demi kilomètre pour enfin découvrir ce bel petit ouvrage. Epousant la pente naturelle du terrain, la Chapelle est d’une forme difficilement définissable de l’extérieur. Nous percevons un unique volume courbe duquel ressort un plus petit volume, créant une exception et marquant l’entrée. Les multiples tavillons (tuiles de bois) de mélèze qui recouvrent l’ensemble de l’édifice lui donnent vie. Le bois est un matériau qui change, évolue, vieillite aux grés du temps et les tavillons n’en font pas exceptions. Il est intéressant de faire le tour de l’ouvrage, en contemplant l’ensemble avec attention on remarque différentes couleurs. L’exposition sud offre des tons couleurs plus sombres avec des teintes ocres, tandis qu’au nord les tonalités sont  plus grisesonnantes.  

En poussant la porte nous sommes tous deux pris d’émotions. L’espace est l’limpide, simple mais parfait. Le bois omniprésent offre une ambiance chaleureuse nous invitant à déambuler dans ce petit espace. Au premier regard on croit tout voir, mais c’est en s’attardant sur les détails qu’on remarque la prouesse de l’architecte.

De l’intérieur la forme nous parait tendre, accueillante sans pouvoir la définir. On y a vu un squelette de baleine mais en réalité chacun peut imaginer sa propre interprétation des lieux. Tout est pensé et réfléchi, la lumière émanant uniquement du haut du bâtiment accentue la sensation de grandeur de l’espace. On passe plus d’une heure à l’intérieur de ce minuscule ouvrage à admirer les détails.  

La justesse de l’ensemble nous stupéfaits, on est excités à l’idée de visiter les autres réalisations de Zumthor 

Le village de Vals et ses incroyables thermes

On poursuit notre route entourée de montagnes pour rejoindre Vals. Un petit village qui culmine à 1250m rendu célèbre pour ses thermes dessinés par Peter Zumthor.  
 
La visite de cet ouvrage est pour nous une incroyable expérience. C’est un formidable exemple d’architecture au service de sa fonction. L’organisation des espaces, les jeux de lumière et les matériaux utilisés participent à donner un sentiment de plénitude au visiteur. Le temps semble s’être arrêté. On passe de bain en bain sans se soucier du temps qui s’écoule.

On vous fait découvrir cette incroyable architecture dans un article complet que nous lui avons consacré tant il y a de choses à partager.  

Article disponible ici : Les Thermes de Vals le chef-d’oeuvre de l’architecte Peter Zumthor

A notre sortie des thermes, notre corps est complètement relâché, détendu. On profite de cette sensation pour flâner dans le vieux village de Vals. On y découvre l’architecture traditionnelle de la région, faite de bois et de pierre, sur laquelle les stigmates du temps passé, des intempéries, des hivers rudes ont fait travailler ces matériaux. En explorant Vals et ses rues étroites, on découvre que le bâtiment des thermes n’est pas l’unique construction contemporaine. On remarque ci et là, des habitations récentes assez bien intégrées dans le tissu existant pour qu’un œil averti ne les remarque pas immédiatement. Et quel n’a pas été notre surprise de tomber par hasard sur une construction en fin de chantier imaginée par l’architecte japonais Kengo Kuma 

Cette découverte nous interpelle, Vals est-il en train de devenir une scène pour les “stars architectes” ? On peut facilement penser que c’est une conséquence du succès des thermes. 

En faisant quelques recherches, on découvre que d’ambitieux projets sont imaginés dans ce petit village. Un concours international pour la construction d’une tour de 380m a d’ailleurs été remporté par les architectes du bureau américain Morphosis

On aime beaucoup l’architecture contemporaine, mais construire le plus haut gratte-ciel d’Europe dans ce village des alpes nous rend quelque peu sceptiques.. 

©morphosis

On décide de prolonger notre découverte de Vals en prenant un peu de hauteur. Depuis Leis, le hameau voisin installé à flanc de montagne, on a une très jolie vue sur Vals et sa vallée.

 

C’est aussi ici que Zumthor a eu l’occasion de construire trois chalets en réinterprétant le savoir-faire local. Ces chalets étant des logements de villégiature, nous n’avons malheureusement pas pu visiter l’intérieur. Mais en faire le tour, permet d’apprécier les jolis détails constructifs et de comprendre la structure en madriers utilisée dans les granges et fermes d’alpage. Pour les trois chalets, 5000 madriers (pièces de bois placées horizontalement) ont été nécessaires pour la construction. 

On s’imagine facilement être bien installé dans un fauteuil devant la grande baie vitrée de l’oriel à contempler le paysage changeant au gré de la météo.   

On profite encore un peu de ce cadre incroyable pour faire une petite balade. Il y a de nombreux sentiers de randonnées pour tous les gouts dans les Ggrisons. Ils permettent chaque fois de s’immerger dans ce merveilleux paysage. 

On vous recommande d’ailleurs de poursuivre la route un peu après Vals pour rejoindre l’impressionnant barrage de Zervreila. Propriété de Vals, il participe à la prospérité du village avec la carrière de pierre et l’eau de source “Vals”. C’est le point de départ d’une jolie randonné à travers les montagnes.  

Sur les traces de Valerio Olgiati, de Flims à Scharens

Après ce long arrêt dans le village de Vals, on part sur les traces de Valerio Olgiati, un autre architecte originaire des Grisons dont les projets se veulent non référentiels. On aime beaucoup son travail car il conçoit des espaces en fonction des émotions qu’il veut faire ressentir aux utilisateurs. 

  
On s’arrête d’abord à Flims devant la Yellow Hhouse. Un musée installé dans une vielle bâtisse toute blanche rénovée par Olgiati. Un peu plus loin dans la même rue se trouve le bureau de l‘architecte attenant à sa maison. On en profite pour jouer les petites souris et regarder par la grande fenêtre comment est organisé l’intérieur du bureau (tout y est parfaitement rangé, et aucun employé ne travaille car c’est un jour férié). On reconnait immédiatement la patte de l’architecte dans la forme extérieure des volumes. Son style se retrouve jusque dans la clôture de la propriété. Comme à notre habitude on s’attarde sur les détails qui paraissent très simples. Mais bien souvent, la simplicité apparente cache une complexité de mise en œuvre… On est tristes de ne pouvoir faire une visite de l’intérieur. On aurait apprécié en voir davantage.  

Comme nous aimons beaucoup l’architecture contemporaine que propose Olgiation profite de ce séjour dans les Grisons pour rouler quelques km plus loin jusqu’au village de Scharens où se trouve l’atelier Bardil, autre réalisation de l’architecte. A nouveau on ne pourra rentrer à l’intérieur mais l’artiste qui y travaille a gentiment laissé ouverte la grande fenêtre extérieure durant son absence pour qu’on puisse avoir un aperçu du jardin et de l’espace intérieur. 

De prime abord, on ne comprend pas bien les enjeux derrière ce massif volume de béton rouge. C’est en s’asseyant sur un banc de la place qui lui fait face que nous commençons à saisir les raisons d’une telle architecture. Elle entretient un véritable lien avec cette place publique lorsque la grande fenêtre est ouverte. Cette dernière permet aussi à l’artiste de contempler les sommets environnants depuis son bureau, ou bien, lorsqu’elle est fermée de s’introvertir tout en profitant de son jardin / patio et de la lumière naturelle.  

Nous n’avons visité l’intérieur d’aucun de ces bâtiments, mais les apprécier de l’extérieur permet de comprendre un peu mieux le travail de l’architecte.  

Deux découvertes inopinées

Fortuitement, sur notre route, on croise un bâtiment aux allures étranges. La forme extérieure semble être trois ovoïdes irréguliers imbriqués pour n’en faire qu’un. Toujours très curieux, on décide de s’arrêter pour y voir de plus près. Il s’avère que c’est une église évangéliste réalisée par l’architecte Werner Schmidt. On découvre l’intérieur avec un sourire qu’on ne peut expliquer. Peut-être parce qu’on imagine que l’architecte a tenté de créer un espace inédit, qui envahit le visiteur. On apprécie toujours beaucoup les églises contemporaines où l’architecture participe à réinventer les lieux de cultes. On est très contents de visiter cette trouvaille.  

 

En continuant sur notre lancée, on tombe sur une minuscule chapelle tout en béton surplombant la vallée. Un ouvrage épuré avec uniquement une entrée sans porte et en vis-à-vis une longue et fine faille verticale à travers le béton. Sans le savoir on visite une réalisation d’un autre célèbre architecte suisse, Christian Kerez.  

On nous avait prévenus, dans les Grisons, l’architecture est partout ! 

La première œuvre méconnue de Peter Zumthor

Le road trip continue en direction de la ville de Chur, le cheflieu des Grisons situé dans la vallée du Rhin alpin. 

 

On n’emprunte pas la route la plus directe afin de s’arrêter pour voir une école qui nous intrigue. Pour s’y rendre on doit prendre un chemin plus long qui sillonne entre les montagnes. Les paysages sont magnifiques. On traverse des lacs, des champs et des vallées toujours entourépar la chaîne des  Alpes. Nous qui aimons emprunter des chemins de traverse, on est comblés.  

 

Après une bonne heure de route nous arrivons à l’école du village de Churwalden.

Une école réalisée par Peter Zumthor en 1983. Cette œuvre est très peu connue, à tel point qu’on ne la retrouve dans aucune de ses monographies. Cette construction “oubliée” par l’architecte nous intrigue. Il s’agit d’une architecture relativement ordinaire qui tranche avec ce que nous avions vu de l’architecte jusqu’à présent. L’architecture nous fait même penser à une construction post moderne qui se rapprocherait des réalisations de Robert Venturi. On est loin des œuvres contemporaines auxquelles nous a habitués Peter Zumthor. Cette visite nous démontre qu’il est intéressant d’explorer les premiers projets. 

Cela nous en apprend un peu plus sur le parcours du légendaire architecte des Grisons.  

On termine notre parcours architectural par la ville de Chur

En allemand : Chur ; en français : Coire ; en romanche : Cuira ; en italien : Coira. Ila bien des façons de nommer le chef-lieu des Grisons. Situé dans la vallée du Rhin alpin le climat y est plus doux que dans les montagnes environnantes. Chur est une ville très moderne et étendue qui tranche avec les villes et villages traversés jusqu’à présent. Cette ville marque la fin de notre itinéraire architectural dans les Grisons, mais on y visite encore quelques jolies réalisations.  

On commence par un abri pour des vestiges romains imaginé par Peter Zumthor. 

Ne vous arrêtez pas à la porte fermée. Pour pouvoir y pénétrer il faut récupérer la clef, contre une caution, à l’Office du Tourisme de la ville. 

 

La construction suit le périmètre des vestiges et en plus de les protéger, elle marque leur présence parmi les nouvelles constructions voisines. On s’y introduit par une courte volée d’escalier qui s’emble flotter au-dessus du sol. La porte est “cachée” entre des parois en acier, comme si nous brisions un interdit en la poussant. Cette séquence d’entrée attise la curiosité. En poussant la porte on se retrouve sur une passerelle traversant un grand espace lumineux. De l’intérieur on entend tous les bruits de la ville. C’est une sensation particulière, on a l’impression de pouvoir observer et écouter la ville sans être vus. Les parois sont faites uniquement de lamelles de bois horizontales inclinées (un peu comme un store à lamelles), laissant passer l’aire et donc le bruit. 

Les ruines sont très belles mais c’est l’architecture qui nous intrigue davantage. En plus de la lumière qui traverse les lamelles de bois, d’immenses puits de jour baignent les espaces d’une lumière directe. Deux grandes baies vitrées, fumées à l’extérieur, marquent ce qui fut jadis les entrées du bâtiment romain en ruine.  

Une formidable visite architecturale et historique.  

On a l’impression de pouvoir observer et écouter la ville sans être vus.

On rejoint, ensuite, le centre de Chur et son musée des Beaux-Arts des Grisons

Une extension a été réalisée en 2016 par Barozzi Veiga ,un bureau d’architecte basé à Barcelone. Une architecture contemporaine qui reprend les proportions de sa voisine, la Villa Planta, un joyau architectural datant de 1876. De l’extérieur ces édifices semblent indépendants. La construction contemporaine s’élève comme un petit bijou dans la ville. C’est uniquement en visitant le musée que l’on prend conscience de l’ampleur du travail des architectes. Ils ont su lier ces deux architectures par un nouvel espace d’exposition en souterrain. Une brillante idée qui permet de laisser les deux bâtiments exister dans la ville sans se concurrencer. On a particulièrement apprécié les différentes transitions d’un espace à l’autre.   

Si vous vous baladez dans la ville arrêtezvous au parlement pour admirer son nouveau porche d’entrée réalisé par Valérie Olgiati. Ne manquez pas le vieux centre de la ville qui est bien plus typique que les grands axes commerçants autour de la gare. Les calmes ruelles pavées entourées d’édifices en pierre sont parfaites pour prendre un café en terrasse de préférence.  

Les amateurs de VTT trouveront leur bonheur dans les montagnes qui entourent la ville. Un téléphérique reste ouvert l’été pour ravir les passionnés de descente ! 

Le retour direction Lausanne

 Après avoir passé 4 jours au cœur des Alpes Suisses on prend la route du retour en direction de Lausanne. Notre perpétuelle envie de découverte nous pousse à emprunter une route différente de celle de l’aller. Nous décidons alors de franchir le col de Furkapass !  

Malheureusement, le col est fermé à cette époque de l’année. Il est uniquement ouvert de juin à octobre. Un train-voiture permet cependant de traverser la montagne. On met alors Azkarena  dans le train comme dans un ferry, très amusant.  

A la sortie du train, la route jusque Brig est magnifique, on traverse d’innombrables petits villages à l’architecture traditionnelle en bois. Une route très agréable à emprunter, même sous la pluie…  

 

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